ÉGLISE SAINTE-THÉRÈSE-D'AVILA

Sainte-Thérèse

DESCRIPTION

Adresse civique :
10, rue de l'Église
Sainte-Thérèse, Québec J7E 3L1

Début de la construction d’origine :
En 1885

Fin des travaux d’origine :
En 1887

Hiérarchisation régionale :
Supérieure (C)

Statut juridique : Monument historique Cité

Concepteurs :
Perrault et Mesnard, architectes
Benjamin Deslauriers, entrepreneur
Camille Provost, entrepreneur

Personnage historique associé :
Victor Leguerrier

Événement historique :
1913: un congrès eucharistique se tient dans la paroisse Sainte-Thérèse-d'Avila.

Orgue : Maison Brodeur 1888

Vitraux : 1911

 

SOMMAIRE HISTORIQUE

La paroisse de Sainte-Thérèse a été fondée en 1789. La première concession de terre dans la seigneurie de Blainville remonte cependant à 1740. Les premiers colons arrivaient principalement de Terrebonne et de l'Île Jésus. Après des résistances des résidents du secteur de Grande Côte, les habitants de la rivière aux Chiens entreprirent finalement la construction d'un premier presbytère chapelle en 1788-1789 sur un terrain donné par Jean-Louis Delage. Cette première chapelle servit jusqu'en 1807, date à laquelle une église en pierre au plan en croix latine fut construite. Cette église subit un agrandissement en 1862-1863 et fut finalement détruite par un incendie le 6 janvier 1885. Elle se situait à quelques mètres au nord du lieu de culte actuel. «On sauve de l'incendie de 1885 quelques vases sacrés, des ornements sacerdotaux, les chandeliers des autels, et une statue de la Vierge encore préservée». Une chapelle temporaire en bois fut construite afin de servir aux besoins du culte durant la construction de la nouvelle église. La chapelle du cimetière actuelle de Sainte-Thérèse aurait été construite à la même époque que l'église dans la foulée des efforts du curé Charlebois pour embellir le cimetière. L'église actuelle constituerait donc le second lieu de culte sur le site, si l'on fait exception de la chapelle temporaire. Le curé Charlebois est à la tête de la paroisse lors de la construction de la nouvelle église selon les plans de la firme Perrault et Mesnard et se charge de la commande des cloches à la Maison Chantaloup en 1885. Victor Leguerrier (1823-1902), forgeron, maire de la municipalité de Sainte-Thérèse et conseiller ministériel d'Adolphe Chapleau lorsque ce dernier fut premier ministre de la Province de Québec entre 1879 et 1882, était alors marguillier en charge lors des travaux. L'église actuelle fut ouverte au culte à Noël 1887. Elle fut consacrée le 1er juin 1889.

La partie centrale du séminaire (cégep Lionel Groulx) est construite en 1883 selon les plans des architectes Poitras et Roy pour remplacer le séminaire de 1846 qui avait été incendié et qui avait lui-même remplacé le premier séminaire fondé par le curé Charles-Joseph Ducharme et issu de la transformation du premier presbytère. L'oratoire-chapelle Saint-Joseph inauguré en 1888 et situé en arrière de l'église en face du cégep pourrait être une réalisation des mêmes architectes. Cette structure accueille d'ailleurs la sépulture du curé Ducharme. En 1913, eut lieu, à Sainte-Thérèse, un important congrès eucharistique qui marqua la communauté paroissiale. L'église Sainte-Thérèse-d'Avila est citée monument historique depuis 1987.

OBSERVATIONS GÉNÉRALES

Extérieur

Cette église se démarque dans le paysage régional par l'élan de son clocher ouvragé recouvert de tôle qui donne un mouvement vertical au bâtiment. La composition de ce lieu de culte comporte des éléments d'inspiration néo-romane (meurtrières, baies jumelées) et se caractérise par sa façade qui est la véritable signature régionale de la firme d'architectes Perrault et Mesnard: tour centrale en saillie surmontée d'une flèche élancée avec tourelles d'angles surmontées de clochetons, composition réutilisée à quelques reprises (Saint-Lin, Saint-Charles-Borromée de Joliette, l'Annonciation d'Oka). L'utilisation contrastée de la pierre de taille et de la pierre à bosses est accompagnée d'une riche ornementation de pierre de taille qui vient souligner les lignes architecturales et font de ce bâtiment un témoin du courant de l'éclectisme qui caractérise l'architecture religieuse québécoise à la fin du XIXe siècle. L'église se distingue également par ses nombreuses ouvertures en hémicycle au niveau des deux registres du bâtiment. La composition et la fenestration de l'abside constituent des éléments uniques dans le corpus régional.

Le secteur environnant l'église se démarque par la qualité des bâtiments qui concourent à donner au vieux village son aspect de centre historique régional qui s'est développé plus rapidement à partir du milieu du XIXe siècle, entre autres, grâce à l'avènement du chemin de fer et au dynamisme des institutions religieuses mises sur pied suite à l'impulsion donnée précédemment par le curé Charles-Joseph Ducharme. L'ensemble institutionnel de Sainte-Thérèse, avec l'ancien séminaire devenu le cégep Lionel-Groulx, l'église, le presbytère de 1925, le couvent de 1917 transformé en hôtel de ville et l'ancien couvent des religieuses de la Congrégation Notre-Dame, témoigne de l'âge d'or de l'Église catholique au Québec. L'implantation de l'église en retrait de la rue et sur un terrain surélevé contribue encore à accentuer la verticalité du lieu. Le cégep bénéficie d'une reconnaissance du gouvernement provincial alors que l'église a été pour sa part citée monument historique en 1987 par la même instance.

L'ancien séminaire (cégep Lionel-Groulx) a été construit selon les plans de Victor Roy et Jean-Roch Poitras et agrandi en 1951, selon les plans des architectes Joseph Sawyer et Henri Labelle.  L'ancien séminaire a un statut de reconnaissance comme Monument Historique, comprenant la petite chapelle-oratoire de Saint-Joseph, construite en 1886, située devant la façade principale de l'ancien séminaire. Elle abrite la sépulture de l'abbé Joseph-Charles Ducharme, fondateur du séminaire et 6e curé de Sainte-Thérèse.

Intérieur

Les architectes Perrault et Mesnard seraient aussi responsables de la réalisation du décor intérieur. En 1887, «la chaire, le baldaquin et le grand lustre sont installés dans l'église [...] La petite galerie du niveau supérieur, emprunte sa forme aux galeries des cathédrales européennes, que l'on appelle «galerie des lépreux». Un chemin de croix aurait été érigé dans l'église dès 1888. L'électrification du lieu survient en 1906. Des verrières auraient été installées dans les fenêtres de la partie supérieure du sanctuaire en 1911. La soufflerie électrique pour l'orgue est installée la même année. En 1913 sont effectués plusieurs travaux importants dans l'église: les tribunes du transept sont construites, celle de l'orgue agrandie. La décoration de l'église aurait aussi été touchée à cette époque ainsi que le baldaquin. Des travaux de peinture auraient également été réalisés. Il se peut que la polychromie que l'on peut voir entre autres, sur les colonnes à partir de photographies anciennes puisse avoir été réalisée à cette époque. Les vitraux des fenêtres inférieures de la nef auraient également été installés en 1913 tout comme la lampe du sanctuaire qui se trouve toujours dans le lieu.

En 1937, des confessionnaux sont installés dans la nef. En 1950, une nouvelle balustrade en marbre et fer forgé remplace celle de bois qui datait de 1887. Les gicleurs auraient été installés dans l'église en 1956. La chaire est enlevée entre 1960 et 1966. En 1964, le baldaquin au-dessus du maître autel est démoli. «L'ange au-dessus du tabernacle, donc sous le baldaquin, une œuvre d'Olindo Gratton, est disparu». En 1965, surviennent finalement les travaux les plus importants qui transforment complètement le décor intérieur: «on change l'autel majeur, l'autel de la sainte Réserve. On pose des tuiles sur le plancher, un grillage à l'arrière de l'autel majeur. On acquiert la croix actuelle au-dessus du maître autel. On pose du tapis dans le chœur». Finalement en 1966, la fabrique acquiert un nouveau tabernacle. Le décor actuel se compose donc d'éléments architecturaux datant de la construction d'origine (colonnes, chapiteaux, arcatures et ornementation de la voûte), mais intègre aussi des éléments résolument modernes (balustrade de marbre et fer forgé, mobilier liturgique aux lignes minimalistes et plancher de tuiles posées de façon à former des motifs géométriques) datant des années 1960. L'orgue d'Eusèbe Brodeur reconditionné par Casavant et Frères occupe toujours une place primordiale à la tribune arrière et constitue un élément majeur du décor intérieur. L'orgue a subi une autre modification en 1970 par Caron. Selon l'inventaire de l'orgue réalisé en 1986 pour le compte du ministère des Affaires culturelles du Québec, «l'orgue de Brodeur fut l'un des plus importants de la région pour ses dimensions.  L'orgue actuel possède encore aujourd'hui de bons éléments de Brodeur et de Casavant Frères. Cet instrument présente un intérêt du fait qu'il traduit le travail de ces deux facteurs et parce qu'il constitue un orgue d'esprit romantique très bien fourni»  (Voir Leslie-Martin Young en bibliographie).

La statue de la Vierge, réalisée en carton pressé par les Sœurs Grises de Montréal en 1845 et sauvée de l'incendie de 1885, se trouve dans l'extrémité sud du transept. Selon les informations contenues dans la fiche du macro-inventaire des biens culturels datant de 1977, le sculpteur thérésien Olindon Gratton aurait réalisé la sculpture de sainte Thérèse en 1885. Le même document mentionne un chandelier pascal réalisé par René Saint-James vers 1800, élément qui aurait probablement été sauvé également de l'incendie.