ÉGLISE SAINTE-ANNE

Sainte-Anne-des-Plaines

DESCRIPTION

Adresse civique :
129, boulevard Sainte-Anne
Ste-Anne-des-Plaines, Québec J0N 1H0

Début de la construction d’origine :
En 1899

Fin des travaux d’origine :
Vers 1902

Hiérarchisation régionale :
Exceptionnelle (B)

Concepteurs :
Joseph Venne, architecte
réalisation du décor intérieur par Toussaint-Xénophon Renaud, peintre

Personnage historique associé :
Mgr Conrad Chaumont

Événement historique :
En 1877 arrivée du chemin de fer Ste-Anne-des-Plaines

Orgue :
1903 - Casavant frères; opus 172

 

SOMMAIRE HISTORIQUE

La paroisse a été érigée en 1787. La même année est construit un presbytère qui servit de chapelle jusqu'en 1805, alors qu'on achevait la construction de la première église. On dit que la plupart des colons provenaient de Sainte-Anne-de-Beaupré, tout comme le curé du temps, d'où la prédilection pour une dévotion à Sainte-Anne. L'église de pierres des champs devenue trop petite est détruite pour faire place au lieu de culte actuel en 1899.

Sainte-Anne-des-Plaines, comme son nom l'indique, se trouve dans les plaines du Saint-Laurent, au nord de Montréal, non loin des Laurentides. Au centre d'une vaste plaine, faisant face au soleil levant, rue Principale, un groupe de bâtiments institutionnels crée un véritable impact visuel sur le paysage environnant. La volumétrie monumentale de ces édifices est d'une grande qualité architecturale.

Leur disposition est justifiée par le rôle que jouaient socialement ces derniers. L'église est située sur un promontoire naturel entouré d'un presbytère (Perrault & Mesnard, 1886), d'un ancien couvent que les Sœurs de Sainte-Anne utilisèrent de 1882 à 1972 et d'un cimetière où se trouvent une chapelle, un charnier et plusieurs monuments.

Joseph Venne conçoit les devis du lieu en tenant compte des normes sur l'orientation des églises. Il réalise aussi les plans du maître-autel, des autels latéraux, de la chaire, des confessionnaux, du vestiaire et de l'armoire chapier.

On peut lire dans un document de «La requête au don pour l'élévation d'un temple», en 1899, qu'on espérait attirer à Sainte-Anne-des-Plaines, les pèlerins qui ne pouvaient se rendre à Sainte-Anne-de-Beaupré. «Cette église de Sainte-Anne a été bâtie en prévision d'en faire un lieu de pèlerinage de facile accès, pour les paroisses du nord. Elle peut contenir 2 000 personnes»   (L'Avenir du Nord, 20 septembre 1900).

OBSERVATIONS GÉNÉRALES

Extérieur

«La Renaissance Allemande qui a été tant admirée tout récemment à l'Exposition de 1900, à cause de la surabondance de la libre allure de ses détails a été choisi comme style. (...) Ce style lui a fourni des ressources par ses détails gras et abondants, ses crochets, ses écussons sculptés aux armes du pape régnant et de l'archevêque du diocèse ses plaques commémoratives rappelant la fondation de la paroisse et l'érection de la nouvelle église, ses inscriptions enguirlandées de feuilles dans l'archivolte de la grande entrée. Le pignon de la façade est fini en degrés destinés à supporter des obélisques, des consoles ou des statues.» Selon le même article, on apprend que la statue de Sainte-Anne en façade serait l'œuvre de M.T. Carli de Montréal. (L'Avenir du Nord, 18 juillet 1901)

Si selon cet article, on peut relier l'église de Sainte-Anne-des-Plaines à la «Renaissance Allemande», on peut surtout la situer dans la province, dans la foulée de l'éclectisme qui a primé depuis la fin de la deuxième moitié du XIXe siècle jusqu'en 1910 environ et dont elle possède l'abondance de l'ornementation en façade et la pierre à bosses sur ses murs latéraux et arrière. Or elle présente une ornementation qui lui est propre et qui ne peut être comparée à ce qu'a fait, par exemple, la firme Perrault & Mesnard à la même époque dans la région. Venne a d'ailleurs été associé à cette firme jusqu'en 1896 et Sainte-Anne-des-Plaines serait un des premiers lieux de culte qu'il réalisera seul. Il la concevra avant son départ pour Rome et l'Europe en 1900 où il compte faire une «mise à jour» de ses connaissances et bien qu'on y remarque certains traits qui seront récurrents, on constate que l'église de Sainte-Anne-des-Plaines n'a pas son pareil dans sa production d'après 1900. Seule peut-être l'église Saint-Enfant-Jésus-du Mile-End, dont il referait la façade en 1902-1903, partage certains points tels que l'organisation pyramidale et l'ornementation qui s'y superpose. Il n'est d'ailleurs pas possible de savoir si la façade de Sainte-Anne-des-Plaines n'a jamais reçu les statues qu'on prétend qu'elle accueillera sur son pignon dans l'article cité plus haut. Comme détails récurrents dans sa production ultérieure on peut sinon mentionner la largeur des fenêtres et les meneaux qui les quadrilleront ou encore les portiques latéraux et les escaliers qui seront insérés dans des absidioles à pan coupés.

Mis à part des bulbes qui ornent ses clochers et clochetons, l'église de Sainte-Anne-des-Plaines se caractérise par la largeur de son transept qui n'a d'égal que la longueur de son chœur. Venne fait ici une utilisation judicieuse de l'acier pour la charpente qui lui permet l'ouverture d'immenses baies en hémicycle à chaque extrémité des bras du transept ou encerclant l'abside du chœur. La grandeur de ces fenêtres compense pour la largeur des volumes et le bâtiment ainsi composé ne paraît probablement pas aussi monumental à l'œil qu'il ne l'est vraiment.


Intérieur

L'intérieur de cette église porte les stigmates des différentes restaurations au niveau de sa voûte. On remarque qu'à mi-hauteur, à partir des chapiteaux des colonnes jusqu'au plancher, moins de changements ont été apportés. La chaire autrefois située du côté droit de la nef a aujourd'hui été réutilisée en ambon. Le maître-autel a été dépouillé d'une partie de son ornementation qui s'est vue distribuée afin de garnir le chœur. Les éléments architecturaux sont néanmoins toujours en place. Les tribunes courbées qui permettent d'accueillir un plus grand nombre de fidèles modulent l'espace du lieu dont la décoration est dominée par les anges et les dorures qui ornent les colonnades. Les bancs d'origine sont en place et le plancher toujours en lattes sous les bancs et dans le chœur. On remarque le jeu des arcs: tandis que les ouvertures sont en plein cintre elles sont prolongées par des arcades ogivales dans la voûte. De même des arcs doubleaux en plein cintre dans la travée centrale sont substitués par une croisée d'arcs ogivaux au niveau du transept: les segments partant de chacun des quatre coins de la croisée du transept vont se rejoindre en son centre, au-dessus de la nef, sous une moulure rayonnante datant du décor d'origine. Cet agencement d'arcs était particulièrement mis en valeur par la décoration de la voûte tel qu'on peut le remarquer sur une photographie d'époque.

Un premier décor peint aurait effectivement été réalisé lors de la construction de l'église. On sait que Toussain-Xénophon Renaud aurait travaillé à l'église de Sainte-Anne-des-Plaines, on ne sait s'il avait réalisé le décor de la voûte à l'époque. Ce qui nous est permis de voir présentement est cependant l'œuvre exécutée par Georges Chalifoux en 1950-1951. On aurait procédé à des travaux de peinture en 1986, mais tel qu'on peut l'apercevoir sur des photographies de l'époque, il ne s'agissait pas de retrouver le décor d'origine.

Un premier orgue est acheté en 1836 au coût de 1000 $. Il est cependant détruit dans l'incendie de 1843. On rachète un second en 1870 qui sera donné en échange à Casavant Frères lors de l'acquisition d'un de leurs orgues pour la nouvelle église en 1902. On achève l'installation du nouvel orgue le 25 janvier 1903.