ÉGLISE DE SAINT-EUSTACHE

Saint-Eustache

DESCRIPTION

Adresse civique :
123, rue Saint-Louis
Saint-Eustache, Québec J7R 1X9

Début de la construction d’origine :
En 1780

Fin des travaux d’origine :
Vers 1783

Hiérarchisation régionale :
Supérieure (C)

Satut juridique:
Monument et lieu historique classé, aire de protection (décret ministériel)

Concepteurs :
Augustin Grégoire, maçon
Joseph Dufour dit Latour, charpentier

Personnages historiques associés :
les Patriotes de 1837, le seigneur Globensky, Paul Sauvé

Événement historique :
La rébellion des Patriotes en 1837-1838

 

SOMMAIRE HISTORIQUE

En 1774, un presbytère est érigé sur un terrain offert quatre ans auparavant par le seigneur Louis-Eustache Lambert Dumont. Ce petit bâtiment servant également de chapelle pour l'office divin sera utilisé jusqu'en 1783 à titre de lieu de culte, mais 1818 comme presbytère. En 1779, les syndics sont élus pour la construction de la nouvelle église. Des contrats sont passés l'année suivante avec Augustin Grégoire, maçon de Montréal et Joseph Dufour dit Latour, maître-charpentier de Lavaltrie.

Les travaux s'échelonneront ainsi de 1780 à 1783.

L'église construite en 1780 fut érigée selon un plan traditionnel, communément appelé à la jésuite ou croix latine et se terminant par une abside en hémicycle. Faute de source, l'identité de l'architecte demeure inconnue. Selon la conservatrice Agatha Lopez, l'hypothèse qu'il puisse s'agir d'une interprétation par un entrepreneur du plan jésuite déjà largement diffusé est également à considérer. Le clocher, à double lanterne, était situé au faîte du toit et trois portes permettaient l'accès par la façade principale. À noter également la présence de deux fenêtres et d'un œil-de-bœuf au-dessus du portail.

Dès 1790, des travaux de réfection sont nécessaires au niveau du plancher et en 1797, c'est le revêtement de bardeau du toit qui fait l'objet d'une réfection. En 1819, Pierre Poitras, maître-charpentier et couvreur et Nicoleurs Kinsleur, maître-charpentier vont s'employer à ériger une tour et un nouveau clocher sur le coin gauche de la façade, remplaçant l'ancien situé au faîte du toit. Ses artisans vont également œuvrer à la construction du nouveau presbytère.

En 1820, Louis-Amable Quévillon et René Saint-James sont sollicités afin d'orner l'intérieur de l'église. Les travaux qui s'échelonneront jusqu'en 1824 comprennent la réalisation d'un nouveau plancher dans le sanctuaire, d'une balustrade, de la voûte et de son ornementation, de nouveaux retables pour le chœur et les chapelles, de sculptures, de l'ornementation de la chaire et du banc d'œuvre, la consolidation des tribunes et les doter de bancs et d'escaliers, la finition avec une corniche tout autour de l'église et finalement, la dorure et l'argenture de différents ouvrages.

En se fiant à un plan reconstitué, on peut y voir qu'un chemin couvert est aménagé en 1820 sur le côté latéral droit, le long de l'abside. L'église peut ainsi être le foyer de célébrations en vue de l'érection canonique de la paroisse de Saint-Eustache en 1825.

Devant une population grandissante et des travaux antérieurs effectués de façon maladroite, le curé Jacques Paquin voit la nécessité d'allonger son église par l'avant. Les travaux s'effectuent donc de 1831 à 1833. En échange de ce sacrifice onéreux effectué par les paroissiens, le curé promet la construction à ses frais d'un couvent, ce qui sera fait en 1833. On démolit ainsi le clocher érigé quelques années auparavant pour agrandir l'église de 28 pieds par l'avant. La façade est du coup complètement refaite. Deux tours sont érigées aux extrémités de la façade, lesquelles se voient surmontées de clochers à double lanterne recouverts de fer blanc. Sur cette façade en pierres de taille, deux entablements, d'ordre dorique et ionique, semblent soutenus par douze pilastres. À noter également que la toiture aurait pu être recouverte de fer blanc à la même époque. Le contrat d'abord accordé à François Labelle, maître-maçon, sera par la suite attribué à Joseph Robillard, maître maçon.  François Parizeau, maître charpentier œuvrera également aux rénovations de 1831-1833. Aucun architecte n'a officiellement exécuté les plans de ces travaux, mais l'historienne Raymonde Gauthier y voit peut-être la marque de John Wells par la composition monolithique de sa façade.

OBSERVATIONS GÉNÉRALES

Extérieur

Suite aux incidents de 1837, les dommages subis sont considérables pour le patrimoine bâti de la paroisse. Victimes des flammes, le presbytère est une perte totale et le couvent est lourdement endommagé. Quant à l'église, seuls la façade et les murs sont toujours en place.

En 1841, un contrat est accordé à Moyse Olier pour les travaux de charpente, de couverture, des portes et fenêtres. L'année suivante, un contrat de maçonnerie est établi avec Joseph Robillard pour réparer le portail et les tours de l'église. Selon Raymonde Gauthier, l'architecte John Ostell pourrait avoir dressé les plans de restauration.

En 1845, on procède à la reconstruction du presbytère.

En 1852, le crépi des murs extérieurs de l'église fait l'objet d'une réfection.

En 1895, la fabrique juge qu'il faut à nouveau reconstruire le presbytère. Trois ans plus tard, en 1898, le nouveau couvent est à son tour inauguré.

D'autres travaux majeurs ont lieu en 1905. D'après les plans de l'architecte Joseph Sawyer, on agrandit les murs latéraux, joignant ainsi les tours aux bras du transept. À la jonction de la maçonnerie ancienne du transept et des murs nouveaux, on élève deux contreforts.

La sacristie datant de 1783 est démolie pour en reconstruire une nouvelle. On aménage également à la droite de l'abside, la chapelle Sainte-Anne et procède à la reconstruction des lanternes des clochers.  Un fronton est placé au sommet de la corniche en façade afin de masquer le toit qui vient d'être haussé. On pose également sur le socle triangulaire une statue de saint Eustache, œuvre d'Olindo Gratton. Le contrat pour ces travaux est accordé à l'entrepreneur Boileau et frères. En 1930, M. Hormisdas Pilon se voit octroyer un contrat pour des travaux de peinture au niveau de la toiture et des clochers. En 1948, on procède à la construction d'une salle paroissiale attenante à la sacristie et à l'abside. L'année suivante, on procède à l'installation d'un nouveau carillon comprenant quatre cloches fondues par la maison Cornille de Villedieu en Normandie. Le bourdon s'écrasant avec fracas au sol lors de son installation, il fallut attendre 1951, une fois le bourdon refait pour entendre le son de l'ensemble du carillon. En 1957, on refait la peinture de la toiture «en aluminium». Par le fait même, on effectue des travaux à la toiture de la sacristie en l'ajustant au niveau du toit de la salle paroissiale.

Quelques travaux de réfection et d'entretien eurent lieu depuis quelques années. En 1997, des travaux de peinture sont effectués au niveau de la fenestration et des clochers. En 2000, on procède à la réfection du bourdon qui est fissuré et au système électrique du carillon. D'autres travaux de réfection surviennent en 2002, au niveau de la maçonnerie, de la toiture et des clochers.

L'église a été classée comme monument et lieu historique en 1970, d'après la résolution de la Commission des monuments historiques du Québec (réf: Ministère de la Culture et des Communications, Direction Laval, Lanaudière, Laurentides, dossier 14216-15 001333). En 1977, une aire de protection a été délimitée autour de l'église de Saint-Eustache par l'ancien Ministère des Affaires culturelles, conformément à la loi sur les Biens culturels (réf: Ministère de la Culture et des Communications, Direction Laval, Lanaudière, Laurentides, dossier 14222-15 001362).


Intérieur

Suite aux événements du 14 décembre 1837, rien ne subsiste de l'héritage artisanal de Quévillon et Saint-James. On refait alors l'ornementation de l'intérieur de façon progressive. Vers 1838, l'église se dote de quelques éléments décoratifs. Un chandelier pascal, œuvre de Vital Desrochers et six chandeliers d'autels, dont deux sont l'œuvre d'un don de Dame Dorion, sont intégrés au décor intérieur. Il est par contre difficile de dater le reste du mobilier liturgique, mais aussi, de leur attribuer un concepteur. On pourrait croire tout de même qu'il serait l'œuvre d'Urbain Desrochers, le père de Vital Desrochers. S'apparentant au mobilier de l'église Sainte-Geneviève de Pierrefonds par leur style, on peut présumer que le maître-autel, les autels latéraux et la chaire actuels ont été conçus à la même époque, vers 1844.

En 1845, on inaugure un nouvel orgue. Le curé Moreau, successeur du curé Paquin, fait ériger en 1852 un baldaquin au-dessus du maître-autel. Selon Claude-Henri Grignon, on procède également, la même année, à la construction de deux tribunes au-dessus des chapelles, probablement situées au niveau des extrémités du transept, tel qu'il est possible de l'observer sur une photo de 1898. La voûte est également refaite avec sa corniche ainsi que l'intérieur de la sacristie.

En 1867, on installe une nouvelle tribune afin d'accueillir un nouvel orgue provenant de la maison Brodeur.

En 1874, on obtient deux toiles, œuvres de l'Italien Ippolito Zapponi. En 1890, on acquiert deux toiles de Louis Vandandaigue Gadbois, peintre de Saint-Eustache. Ces toiles sont accrochées dans le chœur depuis 1898 environ. Quatre autres toiles viendront se joindre aux autres après les travaux de 1930. Deux sont d'auteur inconnu et les deux dernières, commandées à T.-X. Renaud, sont l'œuvre de Georges Delfosse et Narcisse Poirier, deux peintres ayant travaillé avec Renaud.

Une grande partie du décor intérieur prend ses formes actuelles avec les travaux de 1905, d'après les plans de Joseph Sawyer. L'entrepreneur Boileau et Frères obtient le contrat. Ainsi, avec l'agrandissement des murs latéraux, un réaménagement de l'intérieur est nécessaire. Séparant dorénavant les bas-côtés du vaisseau central, une colonnade est installée à l'endroit où trônaient les anciens murs. Par le fait même, ces colonnes supportent la nouvelle voûte à caissons. Les tribunes arrière vont être agrandies et de nouveaux bancs seront installés.

En 1910, la fabrique fait appel à Casavant Frères pour ajouter deux nouveaux jeux à l'orgue datant de 1867.

En 1929, surviennent d'autres travaux d'importance. L'architecte consulté est une fois de plus Joseph Sawyer. Pour l'intérieur, on accorde tout d'abord un contrat à l'entrepreneur Eugène Duquette. Ce dernier se voit attribuer la tâche de réparer les autels, d'agrandir la tribune de l'orgue, d'effectuer la réfection des bancs et des boiseries et d'installer un système électrique. Parallèlement à ces travaux, la soumission de Toussaint-Xénophon Renaud est retenue pour effectuer un nouveau décor peint. Ce dernier s'emploiera à orner la voûte, le chœur, la sacristie et la chapelle Sainte-Anne. Une partie de ce décor serait disparu à une date inconnue, du moins dans la nef et le chœur, sous une peinture monochrome beige.

En 1948, un ménage est effectué au niveau de la sacristie et de la chapelle Sainte-Anne.

En 1954, d'autres améliorations sont apportées à l'orgue. La maison Casavant Frères y ajoute d'autres jeux et une nouvelle console.

Selon Béatrice Chassé, d'autres travaux de décoration intérieure ont eu lieu en 1957. Gérard Morisset, conservateur du Musée de la Province, présenta un devis pour la décoration intérieure. M. Georges Chalifoux, de Sainte-Scholastique, fut l'entrepreneur associé à ces travaux. On ne connaît pas malheureusement la nature de ceux-ci.