ÉGLISE DE L'ANNONCIATION

Oka

DESCIPTION

Adresse civique :
181, rue des Anges, Oka, Québec J0N 1E0

Début de la construction d’origine :
En 1879

Fin des travaux d’origine :
Vers 1883

Hiérarchisation régionale :
Incontournable (A)

Statut juridique :
œuvre d'art classé

Concepteurs :
Perrault et Mesnard, architectes
Frappier et Boucher, maçons
Louis Trépanier, Hyacinthe Trépanier, G. Ducharme, menuisiers

Orgue :
Casavant 1900, opus 113 - Une soufflerie électrique fut ajoutée en 1926.

Vitraux :
Maison Raymond Beullac de Montréal - XIXe siècle

Décor peint :
Guido Nincheri 1932

SOMMAIRE HISTORIQUE

Le site de l'église l'Annonciation à Oka est historiquement relié à la première mission amérindienne établie par les Sulpiciens à Montréal. En 1671, ces derniers fondaient une première mission au pied du Mont-Royal. Elle fut déménagée entre 1696 et 1704 au Sault-au-Récollet afin d'éloigner les amérindiens de la ville naissante. Le peuplement progressif du secteur près de la rivière des Prairies par des colons français amène un second déménagement de la mission plus au nord, aux abords du lac des Deux-Montagnes. C'est d'ailleurs en 1718 que les Sulpiciens obtiennent du roi de France la concession de la seigneurie des Deux-Montagnes qui correspond aux territoires actuels des paroisses d'Oka, de Saint-Placide, de Saint-Benoît, Sainte-Scholastique, Saint-Canut, Saint-Colomban et Sainte-Monique. En ce sens, l'Annonciation d'Oka constitue une des plus anciennes fondations dans ce secteur. L'église de l'Annonciation prend aussi une importance symbolique supplémentaire lorsque l'on considère qu'elle abrite des œuvres qui faisaient autrefois partie du calvaire d'Oka, classé site historique par le gouvernement du Québec depuis 1982. D'abord conçu comme lieu de conversion des Amérindiens puis devenu lieu de pèlerinage historique d'importance majeur pour l'histoire régionale, ce site remonterait à 1750 et le sulpicien Hamon Le Guen constituerait l'instigateur de sa mise sur pieds.


La première chapelle à Oka aurait été érigée en 1720 sur un site se trouvant à un peu plus d'un kilomètre à l'est de l'église actuelle, près de l'embouchure de la rivière aux Serpents. On appela d'abord le lieu Mission sulpicienne des Deux-Montagnes, mais on lui donna rapidement le nom de Notre-Dame de Lorette. Mohawks, Algonquins et Nipissingues du secteur sont alors forcés à se regrouper dans cette nouvelle mission. Une nouvelle église de pierres aurait été construite en 1732 sur l'emplacement de l'église actuelle et une palissade rapidement érigée afin de répondre à la demande des autorités métropolitaines qui désiraient faire du lieu une place forte dans la stratégie de défense du territoire. La première église mesurait 96 pieds par 42 et servait à une population d'origine française et amérindienne. L'interprétation de de Pagès diffère un peu: selon cet auteur, la première chapelle de bois aurait été déménagée du Sault-au-Récollet pour être établie sur un site à Oka près de la rivière aux Serpents. Le bâtiment aurait par la suite été déménagé sur le site actuel sur la pointe en bordure du lac des Deux-Montagnes, puis recouvert de pierres en 1732. Nous n'avons pu vérifier l'exactitude de ces informations.
Le 14 novembre 1874, la mission est érigée canoniquement et est placée sous le vocable de l'Annonciation de la Bienheureuse Vierge Marie. «En 1957, la paroisse, qui a été jusque-là une paroisse sulpicienne, fut versée au diocèse de Saint-Jérôme fondé quelques années auparavant (1951). L'église a été vendue au diocèse en 1960 et devint alors propriété de l'évêque diocésain.»

Au XIXe siècle, des troubles surviennent entre les différentes communautés, les Mohawks s'étant historiquement alliés aux Britanniques alors que les Algonquins avaient plutôt pris le côté des Français. L'église, le presbytère et les dépendances d'Oka sont incendiés le 15 juin 1877. L'église actuelle est réalisée entre 1879 et 1883 selon les plans des architectes Perrault et Mesnard. Le clocher ne sera complété qu'en 1907.

OBSERVATIONS GÉNÉRALES

Extérieur

Le lieu de culte apparaît précurseur dans l'œuvre commune des architectes Perrault et Mesnard puisqu'il survient tôt dans l'association des deux hommes. La composition de la façade aurait d'ailleurs été reprise à quelques occasions dans la couronne nord de Montréal dans les années qui ont suivi sa construction (Saint-Lin, Sainte-Thérèse-d'Avila, Saint-Charles-Borromée à Joliette). L'utilisation de puits de lumière sur les versants du toit constitue un élément original et unique dans le corpus. L'astuce des architectes consistait à éclairer par leur biais des rosaces qui donnent l'impression de constituer des fenêtres hautes de l'intérieur. La composition du bâtiment est homogène et montre une utilisation judicieuse du contraste entre la pierre locale rosâtre et une pierre de taille plus pâle utilisée aux angles et pour les détails architecturaux, caractéristique du courant de l'éclectisme qui s'amorce à cette époque. La chapelle ajoutée entre 1907 et 1909 et qui aurait été érigée selon un dessin d'Arthur Guindon est très bien intégrée au reste du bâtiment puisqu'elle a été réalisée avec les mêmes matériaux et amène une symétrie nouvelle au bâtiment qui ne comportait à l'origine qu'une sacristie du côté est du bâtiment. Le clocher dont la conception du plan est tantôt attribuée à J. Omer Marchand, tantôt à Perrault et Venne a été construit en 1907 par les entrepreneurs Paquet et Godbout de Saint-Hyacinthe en remplacement de la petite structure de bois d'origine.

Intérieur

Le nom Beaulieu serait mentionné au livre de caisse relativement à la réalisation du premier décor.  Les rosaces «... ne reçoivent pas la lumière directe du soleil; c'est par le truchement de puits de lumière installés sur le toit et vis-à-vis des rosaces que celles-ci sont éclairées durant le jour». Des modifications au décor intérieur d'origine sont apportées au XXe siècle: un orgue Casavant, opus numéro 113 est installé en 1900 et une soufflerie électrique rajoutée en 1926. En 1932, la nef est redécorée par Guido Nincheri qui ne conserve de l'ancien décor qu'une bande comportant des prophètes tenant des parchemins qui encadre une nouvelle toile de l'Annonciation réalisée par Sœur Jérôme-de-la-Croix remplaçant un tableau de Nicolas Lefebvre qui datait de 1736. Les bancs de bois polychromes seraient probablement d'origine mais une rangée qui prenait place dans l'allée centrale a été retirée à une date inconnue au cours du XXe siècle. Les stalles, la balustrade ainsi que la chaire auraient été retirées du décor probablement lors de réaménagements dans la foulée du renouveau liturgique de Vatican II. L'auteur de Pagès mentionne également que la tribune arrière aurait été modifiée à une date inconnue par un allongement qui permit à cette structure de rejoindre de part et d'autre les murs latéraux. Les tableaux de Nicolas Lefebvre auraient probablement fait partie du décor intérieur d'origine alors que les bas-reliefs de François Guernon dit Belleville ont été rapatriés du Calvaire vers la chapelle de l'église vers 1970. La Madone à l'Enfant en argent qui trônait sous une cloche de verre dans la chapelle se trouve maintenant au musée des Sulpiciens à Montréal. Une importante bannière historique brodée restaurée en 1991 se trouve également dans la chapelle ainsi que plusieurs pièces d'orfèvrerie de qualité datant du XVIIIesiècle. La bannière a été prêtée au Musée des Beaux-Arts de Montréal pour figurer dans une exposition prochaine visant à retracer les 350 ans de présence des Sulpiciens à Montréal.