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Homélie de Mgr Pierre Morissette à la messe chrismale du 10 avril 2017

Publié le : 2017-04-12 a 14h47 | Catégorie : Événements diocésains

crédit photo: Diocèse de Saint-Jérôme

Frères et sœurs,

Vous êtes venus, ce soir, de tous les coins du diocèse pour la célébration de la messe chrismale. Il y a parmi nous des prêtres, des diacres, des agents-es de pastorale, des religieux-ses, des fidèles laïcs engagés dans toutes sortes de service, que ce soit la catéchèse, l’aide aux pauvres, l’assemblée de fabrique, etc. Mais au-delà de ces différences, nous portons un état commun, je dirais une dignité commune : nous sommes presque tous et toutes des baptisés, des confirmés, sauf l’une ou l’autre personne qui se prépare aux sacrements d’initiation qui seront célébrés à Pâques. Nous sommes, en tant que baptisés et confirmés, disciples de Jésus, disciples missionnaires, et, à ce titre, nous portons aussi une responsabilité commune : celle de faire connaître l’Évangile de Jésus, celle d’être témoin de la Bonne Nouvelle au milieu de notre monde.

La Parole de Dieu que nous avons entendue nous invite à tourner le regard vers Jésus qui est au tout début de sa mission, dans son village de Nazareth; citant le prophète Isaïe, il proclame : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a consacré par l’onction… » Jésus affirme que, dans sa mission, il veut se laisser guider par l’Esprit de Dieu. C’est l’Esprit qui le pousse au désert pendant quarante jours; c’est l’Esprit qui le garde fidèle à sa mission, qui lui permet de résister aux tentations de la richesse, du pouvoir et des coups d’éclat. Il y a là une indication précieuse pour nous : c’est l’Esprit qui nous pousse à témoigner dans le monde de la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu; c’est l’Esprit qui peut mettre en nous le feu qui anime les disciples missionnaires. Comme le dit le Pape François, l’Esprit est « l’âme de l’Église évangélisatrice » (EG no 261). L’évangélisation est l’œuvre de l’Esprit avant d’être la nôtre.

Cela dit, il faut constamment nous rappeler que le Seigneur veut que nous participions à l’œuvre de l’Esprit. Nous ne sommes pas des spectateurs ou des clients de l’œuvre d’évangélisation. Notre baptême et notre confirmation, comme je l’ai dit plus haut, nous appellent à être des agents d’évangélisation, des témoins vivants de la Bonne Nouvelle apportée par Jésus. Qu’est-ce qui peut nous motiver à nous engager dans une telle aventure, particulièrement dans le monde qui est le nôtre? Un monde où beaucoup de gens en sont venus à la conclusion que Dieu est mort ou inutile? Un monde qui se fie à ses prouesses techniques pour régler tous les problèmes? Qu’est-ce qui peut vraiment nous motiver à témoigner de Jésus dans ce monde? L’argent : nous devenons de plus en plus pauvres! La bonne renommée : nous avons plutôt mauvaise presse dans les médias! Les succès de foule : nos églises sont loin d’être pleines! Alors, qu’est-ce qui peut nous motiver?

J’emprunte au Pape François, dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium, trois motivations qu’il développe assez longuement :

  1. La première est l’amour pour Jésus, l’expérience d’être sauvés par lui qui nous pousse à l’aimer toujours plus (no 264). Si nous aimons vraiment Jésus, nous sentons le besoin d’en parler, comme un amoureux, une amoureuse n’hésite pas à parler de l’être aimé. Cet amour se développe dans la prière, dans le cœur à cœur avec Jésus. Et plus il est connu, plus il est aimé, plus se développe la conviction que « l’Évangile répond aux nécessités les plus profondes des personnes parce que nous avons tous été créés pour ce que l’Évangile nous propose : l’amitié avec Jésus et l’amour fraternel » (no 265).
  2. La deuxième motivation est le « goût spirituel d’être proche de la vie des gens » (no 268). En cela, Jésus est un modèle pour nous : il est proche de tous, accessible, disponible. « … Jésus veut que nous touchions la misère humaine, la chair souffrante des autres. Il attend que nous renoncions à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous garder distants du cœur des drames humains » (no 270). Et si nous faisons cela, ce n’est pas pour condamner, mais pour rendre compte de l’espérance qui est en nous.
  3. La troisième motivation est la foi en l’action mystérieuse du Ressuscité et de son Esprit. L’Esprit de Dieu est à l’œuvre dans notre monde; il nous précède. Ce n’est pas toujours évident : nous rencontrons bien des difficultés, des résistances et nous sommes tentés de baisser les bras devant le peu de résultat. Écoutons ce que nous dit le Pape François là-dessus : « Nous croyons à l’Évangile qui dit que le Règne de Dieu est déjà présent dans le monde et qu’il se développe çà et là, de diverses manières; comme une petite semence... comme une poignée de levain... comme le bon grain qui grandit au milieu de l’ivraie… » (no 278). « Parfois, il nous semble que nos efforts ne portent pas de fruit, pourtant la mission n’est pas un commerce ni un projet d’entreprise, pas plus qu’une organisation humanitaire, ni un spectacle pour raconter combien de personnes se sont engagées grâce à notre propagande… » (no 279). « L’Esprit-Saint agit comme il veut, quand il veut et où il veut… Avançons, engageons-nous à fond, mais laissons-le rendre féconds nos efforts comme bon lui semble » (no 279).

Dans quelques minutes, les prêtres, les diacres, les agents et agentes de pastorale vont renouveler leurs engagements au service de la mission : demandons au Seigneur que toutes ces personnes se laissent guider par l’Esprit de Dieu et recherche toujours comme Jésus la gloire de Père. Et puis je bénirai les huiles et consacrerai le Saint-Chrême : implorons le Seigneur pour que la vie sacramentelle dans l’Église de Saint-Jérôme soit le lieu d’une rencontre véritable avec Jésus Sauveur, un lieu où grandit l’amour de Jésus et du peuple chrétien. Amen.

† Pierre Morissette
Évêque de Saint-Jérôme

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